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Médicaments et pamplemousse : Attention !

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Le pamplemousse peut décupler la dose circulante pour certains médicaments.

De nombreux médicaments sont naturellement dégradés par les systèmes de défense de l’organisme: pour être efficace, ces médicaments sont dosés en prévoyant qu’une grande partie sera dégradée presque immédiatement. Le pamplemousse (fruit ou jus de fruit) contient un composé chimique qui inhibe spécifiquement ce type de défense.

Le même médicament, après une ingestion de pamplemousse, devient alors surdosé, parfois très fortement. Tous les médicaments ne sont pas concernés, mais la liste de ceux qui le sont est assez longue (au moins 85). Par précaution, il est conseillé d’éviter systématiquement le pamplemousse lorsque l’on prend des médicaments.Chez les animaux, il existe de nombreux systèmes de défense contre les produits chimiques ingérés, particulièrement ceux qui pourraient être toxiques. Un de ces systèmes se situe dans la paroi intestinale (un endroit logique pour agir avant que ces produits ne puissent rentrer dans la circulation sanguine). Certains médicaments contiennent des molécules actives qui sont dégradés par ce système de défense. Afin que le patient bénéficie de doses actives normales, ces médicaments sont donc dosés en prévoyant qu’une grande partie sera dégradée rapidement.

Que se passe-t-il si ces défenses sont accidentellement inhibées? Le médicament n’est plus du tout dégradé, la dose qui pénètre dans le circuit sanguin est alors trop forte, une sorte de surdosage accidentel, qui peut avoir des conséquences dramatiques, suivant les médicaments, mais qui n’est jamais anodine. Ce genre d’accident est-il possible?

Le pamplemousse contient un produit chimique (de la famille des furanocoumarines) qui est normalement dégradé par ces systèmes de défenses; mais lors de la dégradation, cela produit un autre composé qui inactive ces systèmes de défense.

Pamplemousse et qui d’autre? D’autres fruits de la même famille botanique sont concernés, comme le pomelo et certaines variétés d’oranges amères (les bigarades, ou “oranges de Séville”, souvent utilisées dans les marmelades). Les oranges classiques (dites sucrées) ne sont pas concernées.

Quelle quantité ? Un seul pamplemousse suffit. Que ce soit le fruit ou son jus (1 pamplemousse correspond environ à 200-250 ml), l’effet est le même.

Quelle durée de l’effet? L’effet inhibiteur semble maximal dans les 4 heures suivant la consommation de pamplemousse, puis diminue, pour être réduit de moitié après 10 heures, et encore de moitié au bout de 24h. Des prises répétées de pamplemousse, par exemple 3 par jour pendant une semaine, ont un effet encore plus fort.

Quels médicaments ? De très nombreux médicaments sont concernés (au moins 85), aussi bien des anti-cancéreux, anti-diabétiques, anti-inflammatoires, anti-parasitaires, des médicaments agissant sur le tractus urinaire, le système nerveux, digestif, immunitaire, hormonal, cardio- vasculaire, etc. Tous les médicaments, dans chaque catégorie, ne sont pas concernés.

Conclusion
A moins de bien connaître la toxicologie des médicaments que l’on utilise (sont-ils dégradés par les P450 de l’intestin grêle? Si non, consommer du pamplemousse n’est pas dangereux), il est préférable d’adopter un principe de précaution: éviter d’être sous prescription médicale si on adore le pamplemousse (ou le contraire)…

Notes détaillées
Les systèmes de défenses au niveau de l’épithélium intestinal (essentiellement intestin grêle) sont des cytochromoe P450, spécifiquement des CYP3A4. Ces résultats sont basés sur l’étude de Bailey et al. (2012).

Références

Bailey D.G., Dresser G., Arnold J.M.O. 2012. Grapefruit-medication interactions: forbidden fruit or avoidable consequences? Canadian Medical Association Journal, DOI:10.1503/cmaj.120951. pdf.

 

à propos de Michel Raymond

Michel Raymond
Michel Raymond est Directeur de recherche au CNRS, spécialiste de biologie évolutionniste. Il dirige une équipe Biologie Évolutive Humaine au sein de l'Institut des Sciences de l'Evolution de Montpellier (UMR 5554).

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