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Les conséquences de l’agriculture sur la digestion de l’amidon

L’habitude de consommer des grains de blé (ou de riz, sorgho, maïs, selon les régions) riches en amidon, a conduit, par sélection naturelle, à une amplification des gènes codant une enzyme qui réduit cet amidon en composés plus petits. Les groupes humains qui sont restés chasseurs-cueilleurs et qui consomment peu de tubercules (comme les Inuit, les Biaka, les Mbuti, les Yakut, etc.) ne présentent pas ce phénomène, et donc digèrent moins vite l’amidon.

Il est facile, à partir de l’ADN, de savoir s’il a été prélevé sur un individu issu d’un groupe consommant traditionnellement des tubercules ou des grains issus de plantes cultivées : il suffit de compter le nombre de copies du gène d’amylase. Cette enzyme digère l’amidon, qui se trouve en grande quantité dans les grains et tubercules produits par l’agriculture : il y a eu sélection pour une digestion plus rapide de l’amidon (ici par une augmentation du nombre de copies du gène) dans les ethnies qui ont développé l’agriculture.AMYLASE-retreci Le processus de sélection naturelle a été graduel entre le changement génétique (augmentation du nombre de gènes de l’amylase) et le changement culturel (pratique agricole et culinaire), sans oublier les changements génétiques de la plante cultivée en vue d’accroître la production d’amidon dans le grain.

Quel était l’avantage de digérer plus vite l’amidon? C’est apparemment un facteur essentiel pour l’absorption d’énergie à certains moments critiques, par exemple lors de diarrhées (en 2011, la mortalité due aux diarrhées chez les enfants entre 0-5 ans est de 15% au niveau mondial).

Notes détaillées
L’amplification des gènes de l’amylase salivaire AMY1, en liaison avec la consommation importante d’aliments riches en amidon, est décrite par Perry et al. (2007), voir aussi Patin & Lluis Quintana-Murcie (2008). Les avantages liés à la digestion rapide de l’amidon par la salive sont décrits dans Perry et al. (2007).

Références scientifiques

Patin E., Quintana-Murci L. 2008. Demeter’s legacy: rapid changes to our genome imposed by diet. Trends in Ecology & Evolution, 23:56-59.

Perry G. H., Dominy N. J., Claw K. G., Lee A. S., Fiegler H., Redon R., Werner J., Villanea F. A., Mountain J. L., Misra R., Carter N. P., Lee C., Stone A. C., 2007. Diet and the evolution of human amylase gene copy number variation. Nature Genetics, 39:1256-1260.

 

Michel RAYMOND

 

à propos de Michel Raymond

Michel Raymond
Michel Raymond est Directeur de recherche au CNRS, spécialiste de biologie évolutionniste. Il dirige une équipe Biologie Évolutive Humaine au sein de l'Institut des Sciences de l'Evolution de Montpellier (UMR 5554).

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