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Les bénéfices de l’allaitement maternel

à chacun le lait adapté à son espèce
à chacun le lait adapté à son espèce

La a composition du lait humain a été ajustée au cours de l’évolution aux besoins spécifiques des bébés humains, par le processus de sélection naturelle. Le lait de chaque espèce de mammifère est ainsi spécifique des besoins de ses petits. Il y ainsi naturellement de nombreux avantages à l’allaitement maternel…

Composition et spécificité du lait humain

Le lait maternel, constitué à environ 87% d’eau, contient des milliers de molécules, et même des cellules vivantes. Les quantités de fer, de potassium, de sodium, de chaque vitamine, de chaque acide aminé et de chaque acide gras essentiel, varient donc d’une espèce à l’autre et sont adaptées à leurs besoins.

Les substituts (lait en poudre), qu’ils soient faits à partir de lait de vache ou de lait de soja, ont une composition différente du lait maternel.

Par exemple, le lait humain est exempt de β-lactoglobuline, une protéine du lait de vache extrêmement allergisante pour l’être humain. Il faut plusieurs mois pour que l’intestin du bébé mette en place une barrière antiallergique efficace contre les protéines non-humaines. Avant ce moment, tout apport alimentaire différent du lait de sa mère est reconnu comme étranger par l’organisme et crée un risque d’intolérance.

Le lait humain contient des acides aminés libres (donc prêts à entrer dans la composition des protéines que fabriquera le bébé) dans une proportion trois à quatre fois plus importante que dans le lait de vache. Parmi les acides aminés du lait humain, la taurine (10 fois plus présente que dans le lait de vache) joue un rôle important dans la construction et le fonctionnement des cellules cérébrales, intervient dans les fonctions cardiaques et musculaires et dans l’assimilation des lipides.

Le lait humain contient également des acides aminés déjà associés sous forme de protéines, dans des quantités spécifiques, comme par exemple : la lactotransferrine, nécessaire pour l’absorption intestinale du fer, l’alpha-lactalbumine qui, dans l’estomac, forme avec l’acide oléique un complexe capable de tuer les cellules tumorales, protégeant ainsi les bébés allaités du cancer, des enzymes digestives,diverses hormones, des immunoglobulines ou anticorps, qui protègent des infections.

Les lipides du lait humain sont constitués à 98 % par les triglycérides, des graisses polyinsaturées qui sont bénéfiques pour la myélinisation du système nerveux, l’acuité de la vision et la synthèse d’hormones. Le lait maternel contient un endo-cannabinoïde (le 2-arachidonoyl-glycérol), équivalent naturel du principe actif de la marijuana, un antalgique efficace (par exemple contre les douleurs digestives ou liées aux poussées dentaires). Les sucres contenus dans le lait maternel ont eux aussi une action antalgique. Le lait maternel a également des propriétés anti-inflammatoires.

En outre, de nombreux éléments du lait humain n’ont pas encore été identifiés et leur fonction reste à découvrir.

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Variations de la composition du lait humain

La composition du lait maternel est régulée par des hormones, de telle sorte qu’une carence chez la mère n’aura pas d’impact significatif sur la composition générale, car l’organisme puisera dans ses réserves. Par contre, la composition du lait maternel est ajustée aux besoins du bébé, surtout en ce qui concerne les lipides. Par exemple, le taux de protéines et d’acides gras polyinsaturés à chaîne longue est plus élevé dans le lait de mères ayant accouché prématurément. La teneur en lipides du lait maternel peut ainsi subir des variations importantes (de 3 à 180 g/l) suivant l’âge de l’enfant, mais aussi suivant l’heure de la journée, le volume de la tétée, etc.

Au cours des premières semaines, du colostrum au lait mature, la teneur en lactose augmente et celle en oligosaccharides diminue. La proportion des lipides double. Les sels minéraux diminuent de moitié. La proportion des protéines est divisée par dix. La teneur en acides aminés libres baisse pour remonter ensuite légèrement. La concentration des oligo-éléments, qui jouent un rôle essentiel dans la constitution du squelette, est élevée dans le colostrum. Parallèlement, le volume de lait produit augmente au fil des semaines. Les demandes d’augmentations du bébé sont souvent brusques et le volume augmente par paliers. L’allaitement est ainsi un processus interactif où le comportement de l’enfant peut déterminer la quantité, et dans une certaine mesure la composition de sa nourriture. Passé le 1er mois d’allaitement, la quantité de lait produit reste quasiment stable (800 ml par jour en moyenne), mais sa composition qualitative évolue en permanence pour répondre aux impératifs de croissance de l’enfant. De plus, la fonction d’absorption intestinale du bébé mature au cours du temps : l’enfant optimise ainsi l’utilisation des nutriments contenus dans le lait au fur et à mesure qu’il grandit sans qu’il lui soit nécessaire d’augmenter la quantité de lait qu’il consomme. En période de sevrage, la quantité de sodium et de protéines augmente dans le lait maternel, tandis que la concentration en potassium et en lactose décroît progressivement.

La composition et le goût évolue non seulement selon l’âge du bébé, mais varie également au cours d’une même tétée, et dans une journée, selon les besoins du bébé. Il existe des variations circadiennes des concentrations des différents composants, notamment des nucléotides. En début de tétée, le lait maternel est composé de beaucoup d’eau et de sels minéraux. Puis la proportion de glucides directement assimilables par l’organisme augmente, pour laisser ensuite la place au lactose ; en milieu de tétée, les protéines et lipides augmentent en quantité, et c’est à la fin de la tétée que la concentration en lipides est la plus élevée. Un bébé nourri à la demande peut ainsi adapter lui-même les tétées selon ses besoins, par exemple en ne buvant que le lait de début de tétée s’il a seulement soif, ou en tétant plus longtemps pour avoir les protéines et les lipides s’il a faim. Les seins ne peuvent jamais être totalement « vidés », car le processus de fabrication du lait est continu.

 

Les bénéfices de l’allaitement maternel en termes immunologiques

Les enfants allaités bénéficient d’une protection vis-à-vis de nombreuses maladies, dont les infections gastro-intestinales, ORL (laryngite, otite, grippe) et respiratoires (bronchiolite, pneumonie). Cette immunité, qui n’est apportée par aucun lait artificiel, a plusieurs causes.

Le colostrum et le lait maternel contiennent non seulement des protéines du système immunitaire, en particulier les immunoglobulines ou anticorps (qui neutralisent les bactéries pathogènes), mais aussi des cellules vivantes du système immunitaire : principalement des macrophages (des généralistes qui phagocytent les bactéries), mais aussi des lymphocytes (immunité spécifique). L’immunité ainsi fournie est individualisée : puisque la mère est en contact avec les mêmes pathogènes que le bébé, les anticorps et les lymphocytes qu’elle produit sont appropriés.

Il est bien connu que les anticorps empêchent la prolifération des pathogènes. D’autres caractéristiques moins connues sont favorables à l’immunité. Le colostrum contient plus de 130 oligosaccharides différents qui empêchent la croissance de certains virus et bactéries, et qui jouent le rôle de probiotiques : ils stimulent les micro-organismes du côlon et favorisent la croissance de la flore protectrice de la muqueuse intestinale (bifidobacterium), empêchant l’adhérence des pathogènes aux parois. Le lait maternel également contient de la caséine β, dont la dégradation libère des peptides à activité anti-infectieuse, et de la caséine κ, qui stimule la croissance du bifidobacterium et empêche l’adhésion de bactéries aux muqueuses gastro-intestinales et respiratoires. Il contient également les protéines du système de complément et des nucléotides qui participent à la défense contre les agents pathogènes, des enzymes bactéricides, telles que le lysozyme (qui est propre au lait humain). Enfin, il contient très peu de fer libre, le fer étant un élément favorable aux bactéries infectieuses (mais comme il contient du fer lié à la lactotransferrine, les besoins en fer du bébé sont couverts, voir plus haut).

 

Autres avantages de l’allaitement

à chacun le lait adapté à son espèce
à chacun le lait adapté à son espèce

Les raisons d’encourager l’allaitement maternel sont multiples. On constate ainsi que les bébés allaités ont des risques plus faibles de mort subite du nourrisson ; plus tard, ils ont une tension artérielle et une cholestérolémie plus basses, et souffrent plus rarement de diabète de type II, d’obésité, d’asthme, d’eczéma et d’allergies. L’allaitement semble favoriser le développement cognitif ; les enfants allaités obtiennent en moyenne des scores plus élevés aux tests d’intelligence, et ces effets sont encore visibles à l’âge adulte.

Par ailleurs, les avantages pour le bien-être psychologique et émotionnel de la mère et de l’enfant sont au moins aussi importants que les avantages pour la santé. En effet, et contrairement aux idées reçues, un bébé pleure généralement très peu, mais à condition qu’il soit nourri dès qu’il a faim, soulagé dès qu’il a mal, et endormi dès qu’il a sommeil. Le lait maternel est disponible immédiatement à la bonne température, permettant à la mère d’allaiter son bébé à la demande, quel que soit le lieu. Le lait maternel contient des antalgiques qui atténuent considérablement les maux de ventre ou les douleurs liées à la pousse des dents. Il contient une hormone, la cholécystokinine, qui favorise la satiété et l’endormissement du bébé en fin de tétée, ainsi que des endorphines, qui s’ajoutent à la succion, à la chaleur corporelle et à l’odeur des seins pour faciliter l’endormissement. Enfin, en termes de qualité relationnelle, les hormones sécrétées pendant la période d’allaitement ont la propriété de favoriser et de consolider l’attachement entre la mère et son enfant.

 

Et les inconvénients ?

inconvenient_allaitement_retreciLa prolactine, principale hormone de lactation, est sécrétée majoritairement la nuit. Ceci a sans doute évolué en étroite relation avec la façon dont le maternage et l’allaitement étaient pratiqués dans l’ensemble des populations humaines jusqu’à très récemment : le bébé dormant avec sa mère pendant sa première année, la nuit était le moment le plus propice pour allaiter, où elle était le plus disponible, à partir du moment où elle avait repris les tâches ménagères, les travaux de cueillette ou d’agriculture (en moyenne un mois après l’accouchement).

Il en résulte que la production de lait est optimale la nuit, et que les bébés nourris exclusivement au sein ont besoin de téter une ou deux fois par nuit, souvent jusque l’âge de 6-8 mois (période pendant laquelle leur alimentation commence à se diversifier et où les besoins en lait par conséquent diminuent), contrairement aux bébés nourris au lait artificiel qui peuvent très rapidement apprendre à dormir toute la nuit sans manger, et donc sans se réveiller… Parmi les autres inconvénients, on peut citer notamment les aspects sociaux (difficulté à tirer son lait pour les femmes qui travaillent, interdiction de boire de l’alcool…).

Un mot sur l’auteur

Je suis chercheuse au CNRS dans l’équipe de biologie évolutive humaine de l’université de Montpellier tout en suivant en parallèle les cours en médecine.

Notes détaillées

Les principales informations proviennes de Cunningham et al. (1991), Heinig & Dewey (1996), American Academy of Pediatrics Work Group on Breastfeeding (1997), Lawrence & Lawrence (2005), Beaudry et al. (2006) et Ip et al. (2007). Parmi les enzymes contenues dans le lait maternel (et absente des substituts) : la lipase, enzyme facilitant l’utilisation des graisses par le bébé, et la lactase, enzyme facilitant l’utilisation du lactose. Parmi les hormones contenues dans le lait maternel (et absente des substituts) : l’insuline, le facteur de croissance épidermique, les prostaglandines, les hormones thyroïdiennes, la prolactine, les stéroïdes ovariens et surrénaliens, la calcitonine, l’érythropoïétine, la neurotensine, la somatostatine, la bombésine. Pour les lipides du lait humain (particulièrement les lipides polyinsaturées), voir Xiang et al. (2009). Pour les propriétés anti-inflammatoires du lait maternel, voir Goldman et al. (1986). Pour la protection des enfants maternellement allaités vis-à-vis de nombreuses maladies, voir Goldman (2000) pour les infections gastro-intestinalesi, et Dewey et al. (1995) pour les ORL (laryngites, otites, grippes), bronchiolite et pneumonies. Sur la plus faible obésité des enfants maternellement allaités, voir Dewey (2003); sur la protection que cela procure vis-à-vis de l’asthme, de l’eczéma et d’allergies, voir Saarinen et al. (2008), Wright et al. (1995) et Oddy et al. (2002). Sur les effets de l’allaitement maternel sur le développement cognitif, voir Anderson et al. (2009); sur les tests d’intelligence des enfants, voir Lucas et al. (1992), et sur la persistence de cet avantage cognitif chez l’adulte, voir Mortensen et al. (2002).

 

Références

American Academy of Pediatrics Work Group on Breastfeeding. 1997. Breastfeeding and the use of human milk. Pediatrics 100(6):1035-37.

Anderson JW et al. 1999. Breastfeeding and cognitive development: a meta-analysis. American Journal of Clinical Nutrition 70:525-35.

Beaudry M, Chiasson & S.Lauzière, J. 2006. Biologie de l’allaitement. Le sein, le lait, le geste. Presses universitaires du Québec, 581 pp.

Cunningham AS, Jelliffe DB, & Jelliffe EFP. 1991. Breastfeeding and health in the 1980s: a global epidemiological review. Journal of Pediatrics 118(5):659-66.

Dewey, KG et al. 1995. Differences in morbidity between breastfed and formula-fed infants. Journal of Pediatrics 126(5) :696-702.

Dewey, KG. 2003. Is breastfeeding protective against child obesity? Journal of Human Lactation 19(1):9-18.

Goldman AS et al. 1986. Anti-inflammatory properties of human milk. Acta Paediatrica Scandinavia 75:689-95.

Goldman AS. 2000. Modulation of the gastrointestinal tract of infants by human milk. Interfaces and interactions: An evolutionary perspective. Journal of Nutrition 130:426S-431S.

Heinig MJ & Dewey KG. 1996. Health advantages of breastfeeding for infants: a critical review. Nutrition Research Reviews 9:89-110.

Lawrence RA & Lawrence RM. 2005. Breastfeeding: a guide for the medical profession. 6ème édition. Philadelphie, Elsevier Mosby.

Lucas A et al.1992. Breast milk and subsequent intelligence quotient in children born preterm. Lancet 33:261-62.

Mortensen EL et al. 2002. The association between duration of breastfeeding and adult intelligence. JAMA 28(15): 2365-71.

Oddy WH et al. 2002. Maternal asthma, infant feeding, and the risk of asthma in childhood. Journal of Allergy and Clinical Immunology 110:65-67.

Plan National Nutrition Santé. 2005. Allaitement maternel, les bénéfices pour la santé de l’enfant et de sa mère. Pdf disponible

Ip et al. 2007. Breastfeeding and maternal and infant health outcomes in developed countries. Evidence Reports/Technology Assessments, No. 153. Rockville:  Agency for Healthcare Research and Quality (US). Pdf disponible

Saarinen UM et al. 1995. Breastfeeding as prophylaxis against atopic disease: prospective follow-up study until 17 years old. Lancet 346:1065-69.

Xiang M et al. 2000. Long-chain polyunsaturated fatty acids in human milk and brain growth during early infancy. Acta Pediatrica 89(2):142-47.

Wright AL et al. 1995. Relationship of infant feeding to recurrent wheezing at age 6 years. Archives of Pediatrics & Adolescent Medicine 149:758-63..

 

Charlotte Faurie, avril 2012

 

à propos de Charlotte Faurie

Charlotte Faurie
Mes recherches s'inscrivent dans le cadre de la biologie évolutive humaine, une thématique à l'interface entre les sciences du vivant et les sciences humaines, qui utilise les théories de l'évolution pour aider à comprendre les traits humains. Mes travaux s'articulent autour des notions de compétition et de coopération. Un premier axe porte sur une forme de coopération entre individus apparentés : l'investissement parental (comportements des parents envers leurs enfants se traduisant par une augmentation de leur survie et/ou succès reproducteur) et alloparental (investissement d'autres membres de la famille, comme les grands-parents ou les frères et soeurs), et traite des conséquences de la compétition pour cette ressource. Un deuxième axe aborde les liens entre la coopération avec des individus non-apparentés, et la compétition pour l'accès aux partenaires pour la reproduction. Un troisième axe, qui constitue la suite de mes travaux de thèse, traite du rôle de la compétition dans l'évolution du polymorphisme de latéralité.

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