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Faut-il prendre des suppléments en antioxydants ?

Du fait de leur propriétés anti-oxydantes, certaines vitamines sont préconisées en compléments alimentaires, parfois en doses massives, ce qui permettrait de lutter contre le vieillissement. Qu’en est-il vraiment? La plupart des grandes études scientifiques, conduites indépendamment dans plusieurs pays, concluent que les complémentations d’antioxydants, sous forme médicamenteuse, n’ont pas les effets désirés. Et l’on observe parfois le contraire, à savoir une augmentation des risques de développer des maladies graves. Cette situation provient sans doute d’une connaissance imparfaite de l’effet de certaines vitamines (par exemple la vitamine E n’aurait pas de rôle anti-oxydant in vivo, malgré ses propriétés anti-oxydantes in vitro), de doses trop fortes, et peut-être d’interactions complexes (on ne remplacerait pas l’effet vitaminique d’un fruit par son équivalent en vitamines purifiées).

Les antioxydants sont des composés naturellement présents dans de nombreux aliments, ils sont indispensables à notre vitaminepoisonalimentation –on en consomme essentiellement dans les fruits et légumes– mais leur apport sous une forme purifiée et concentrée, en quantité importante, représente une nouveauté alimentaire: il n’est dès lors pas étonnant d’observer fréquemment l’absence, au moins, d’effets bénéfiques.

Quelques exemples d’effets délétères décrits dans les études scientifiques: une complémentation en béta-carotène augmente les cancers du poumon chez les fumeurs ; une complémentation en vitamine C et E accélérerait l’athérosclérose chez les femmes post-ménopausées ; une complémentation en vitamine C augmente les risques cardio-vasculaires chez les femmes post-ménopausées diabétiques.

Un exemple d’effet positif: SUVIMAX (SUpplémentation en VItamines et Minéraux Anti-oXydants) est une étude lancée en France le 11 octobre 1994 en vue d’étudier l’effet de certains compléments alimentaires, à dose nutritionnelle, sur la santé (vitamines A, C et E, zinc et sélénium). Résultats:

  • Aucun effet sur les maladies cardio-vasculaires
  • Baisse de l’incidence du cancer chez les hommes
  • Baisse de la mortalité chez les hommes
  • Aucun effet positif chez les femmes

L’absence d’effet positif chez les femmes (de l’étude) est interprété par leur meilleure alimentation, en particulier par leur plus grande consommation de fruits et légumes par rapport aux hommes. Si cette interprétation est correcte, cela montre deux choses: 1) un complément en anti-oxydant (par exemple vitamines A, C et E) est inutile lorsque l’on a une alimentation correcte. 2) Il est possible, en France, d’avoir une déficience en vitamine A, en ne consommant pas suffisamment de fruits et légumes.

Notes détaillées L’absence d’effet antioxydant in vivo pour la vitamine E est décrit par Meagher et al. (2001). Pour un survol général du mythe des antioxydants, voir Melton (2006). Globalement, les traitements avec le béta-carotène, la vitamine A ou E augmentent la mortalité, voir Waters et al. (2002), Lee et al. (2004), Bjelakovic et al. (2007) et The Alpha-Tocopherol Beta Carotene Cancer Prevention Study Group (1994). Les résultats de l’enquête SUVIMAX sont décrits par Hercberg et al. (2004).

Références

Bjelakovic, G., Nikolova, D., Gluud, L.L., Simonetti, R.G. & Gluud, C. 2007. Mortality in randomized trials of antioxidant supplements for primary and secondary prevention. Systematic review and meta-analysis. Journal of the American Medical Association 297: 842-857.

Hercberg, S., Galan, P., Preziosi, P., Bertrais, S., Mennen, L., Malvy, D., Roussel, A.-M., Favier, A., Briançon, S. 2004. The SU.VI.MAX Study. A randomized, placebo-controlled trial of the health effects of antioxidant vitamins and minerals. Arch. Intern. Med., 164:2335-2343.

Lee, D.-H., Folsom, A.R., Harnack, L., Halliwell, B. &Jacobs, Jr, D.R. 2004. Does supplemental vitamin C increase cardiovascular disease risk in women with diabetes? American Journal of Clinical Nutrition 80: 1194-1200.

Meagher, M.D., Barry, O.P., Lawson, J.A., Rokach, J., FitzGerald, G.A. 2001. Effects of vitamin E on lipid peroxidation in healthy persons. Journal of the American Medical Association, 285:1178-1182.

Melton, L. 2006. The antioxidant myth: a medical fairy tale. New Scientist, 2563: 40-43.

The Alpha-Tocopherol Beta Carotene Cancer Prevention Study Group. 1994. The effect of vitamin E and beta carotene on the incidence of lung cancer and other cancers in male smokers. New England Journal of Medicine 330: 1029-1035.

Waters, D.D., Alderman, E.L., Hsia, J., Howard, B.V., Cobb, F.R., Rogers, W.J., Ouyang, P., Thompson, P., Tardif, J.-C., Higginson, L., Bittner, V., Steffes, M., Gordon, D.J., Proschan, M., Younes, N. & Verter, J.I. 2002. Effects of hormone replacement therapy and antioxidant vitamin supplements on coronary atherosclerosis in postmenopausal women. A randomized control trial. The Journal of the American Medical Association 288: 2432-2440.

 

Michel RAYMOND

 

à propos de Michel Raymond

Michel Raymond
Michel Raymond est Directeur de recherche au CNRS, spécialiste de biologie évolutionniste. Il dirige une équipe Biologie Évolutive Humaine au sein de l'Institut des Sciences de l'Evolution de Montpellier (UMR 5554).

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